Prison: A Crossroads of Perspectives

By Jean-Marc Bodson, La Libre, 2026

The first double-page spread of the book *PANOPTIK*, by photographer and filmmaker CédricGerbehaye, is a black-and-white aerial view of the Saint-Gilles and Forest prisons, separated by Avenue de la Jonction. The geometric shapes in this archive image perfectly summarize the theme of the book, published to coincide with the eponymous exhibition opening on 11 April at the Maison de la Culture in Tournai. The two crosses, formed by the buildings within the two squares of the perimeter walls, echo in a way, the title *Discipline and Punish* of philosopher Michel Foucault’s seminal work on incarceration. They remind us, in fact, that the design of these two prisons was inspired by Jeremy Bentham’s panopticon, a type of prison architecture, in which all prisoners confined to individual cells arranged around the perimeter, are subject to the gaze of a guard stationed in a central post. This, of course, without the prisoners being able to know whether they are being watched. At the heart of this book, then, is the gaze. Starting with the one of the photographer, presented from the very first page as the “opposite” of the gaze that imprisons. A gaze that is, in fact, open to those of all the people encountered over nearly ten years in this Belgian prison system, which is now more relevant than ever.

A keen eye

In his first-person accounts, the author recounts with unpretentious simplicity the story of this long-term project, which began in 2014, whilst he was living – you could not make it up – on Avenue de la Jonction. “All the windows of my flat looked out,” he says, “onto the prisons.” That year, he was given the opportunity to go inside the prisons, to illustrate a report for the Wall Street Journal. He would return there later, but by 2016, having reached the limits of photography in depicting the place of confinement, he began to film. This would result in 2025 in the remarkable documentary *La Peine*, which this book evokes through a series of black-and-white architectural shots, all marked in the corner by the metaphor of the panopticon, that piercing (and one-way) gaze of the windows and surveillance cameras.

Cold Eye

These images—unaccompanied by commentary yet eloquent in their own right—are followed by a three-part reflection on the underlying assumptions of judicial incarceration. It opens with photographs of anthropometric records of prisoners taken in the early 20th century. Their unusual enlargement transforms these identification images into true portraits, lending them an incredible presence and power. The gazes of these people, which the photographer’s cold eye should have erased, come back to us here like a boomerang. Following welcome historical perspectives from historian Xavier Rousseau and archivist Harald Deceulaer, these are accompanied by recent, remarkable portraits, not of prisoners and guards, but of human beings involved in the prison system.

Pierced eye

These human figures are even more poignant when viewed with Vincent Spronck’s scathing text in mind – Spronck being the current director of Saint-Gilles Prison (and former director of Forest Prison) – entitled *Lies, Power and Faces*. A thorough takedown of the clichés peddled by the justice system, by academia, by society as a whole in fact, and backed up by a collection of colorphotographs of squalid cells. These 9 square meters shared by three people, 22 hours a day, which we are led to believe are the be-all and end-all of justice. As one closes this deeply moving book, the image on the back cover stands out. It is a reproduction of a painting from the chapel of Forest Prison: A Virgin and Child with a pierced eye.

La prison à la croisée des regards

Texte de Jean-Marc Bodson, La Libre, 2026

La première double page du livre PANOPTIK du photographe et réalisateur Cédric Gerbehaye est une vueaérienne en noir et blanc des prisons de Saint-Gilles et de Forest que sépare l’avenue de la Jonction. Les formes géométriques de cette image d’archives résument au mieux le propos de l’ouvrage publié à l’occasion de l’exposition éponyme qui s’ouvrira le 11 avril à la Maison de la Culture de Tournai. Les deux croix des bâtiments s’insérant dans les deux carrés des murs d’enceinte paraphrasent en quelque sorte le titre Surveiller et punir de l’ouvrage de référence du philosophe Michel Foucault à propos de l’enfermement. Elles nous rappellent en effet que la conception de ces deux prisons s’inspirait du panoptique de Jeremy Bentham, un type d’architecture carcérale soumettant au regard d’un gardien, logé dans un poste central, tous les prisonniers enfermés dans les cellules individuelles réparties tout autour. Ceci bien entendu, sans que ceux-ci puissent savoir s’ils sont observés. Au centre de cet ouvrage, le regard donc. À commencer par celui du photographe, revendiqué dès la première page comme le “contraire” du regard qui emprisonne. Un regard

qui s’ouvre en fait à ceux de toutes les personnes rencontrées pendant près de dix ans dans cet univers carcéral belge aujourd’hui plus que jamais dans l’actualité.

Oeil perçant

Dans ses textes écrits à la première personne, l’auteur raconte en toute simplicité l’histoire de ce travail aulong cours commencé en 2014 alors qu’il habitait – ça ne s’invente pas – avenue de la Jonction. “Toutes les fenêtres de mon appartement donnaient, raconte-t-il, sur les prisons”. Cette année-là, l’occasion lui estdonnée d’y entrer pour illustrer un reportage du Wall Street Journal. Il y reviendra par la suite, mais dès2016, éprouvant les limites de la photographie pour raconter le lieu de l’enfermement, il commence à filmer. Cela donnera en 2025 le formidable documentaire La Peine que ce livre évoque par une série de vuesarchitecturales en noir et blanc toutes marquées en coin de la métaphore du panoptique, de cet oeil perçant (et à sens unique) des fenêtres et caméras de surveillance.

Oeil froid

À ces images sans commentaire, mais éloquentes, succède une réflexion en trois chapitres sur les présupposés de l’enfermement judiciaire. Il s’ouvre sur des photographies des fiches anthropométriques de détenus réalisées au début du XXe siècle. Leur agrandissement inhabituel transforme ces imagesd’identification en véritables portraits. Il leur confère une présence et une force incroyables. Les regards deces personnes que l’oeil froid du photographe aurait dû effacer, nous reviennent ici en boomerang. Leurrépondent, après des mises en perspective historiques bienvenues de l’historien Xavier Rousseau et del’archiviste Harald Deceulaer, des portraits récents, remarquables, non pas de détenus et de gardiens, mais bien d’humains impliqués dans le dispositif carcéral.

Oeil percé

Des humains d’autant plus touchants qu’on les regarde en ayant en tête le texte cinglant de Vincent Spronck, l’actuel directeur de la prison de Saint-Gilles (et ancien directeur de la prison de Forest) intitulé Mensonge, puissance et visages. Un dézingage en règle des poncifs colportés par la justice, par l’université, par toute la société en fait, et que vient appuyer un corpus de photographies en couleur de cellules sordides. Ces 9 m2 partagés par trois personnes, 22 heures sur 24 dont on voudrait nous faire croire qu’ils sont l’alpha et l’oméga de la justice. Alors que l’on referme ce livre bouleversant, s’impose la photo de quatrième de couverture. La reproduction d’un tableau de la chapelle de la prison de Forest : une Vierge à l’Enfant dont l’oeil est percé.

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