Prison has always been a setting that has captured the imagination of the film industry. Whether in fiction or documentary, one sometimes gets the impression that we have explored every aspect of it, across all continents and throughout history. La Peine focuses on two detention centers located in the immediate vicinity of Brussels, Forest and Saint-Gilles, where the filmmakers took the time to observe the daily lives of the inmates, their guards and the administrative staff from 2016 to 2022. A long-term journey filmed in black and white that shows what we shouldn’t see: conditions of incarceration that dehumanize prisoners, where those who wish to be left alone must, in return, forgo having a tap and running water in their cells. We have often seen dilapidated prisons on screen, notably in *Des hommes* (2019), the documentary by Alice Odiot and Jean-Robert Viallet, in which the state of disrepair of Les Baumettes prison was shown in all its horror, as emblematic of a situation that is not only serious but desperate. La peine goes much further, and its title plays on a deliberate confusion between the sentence one must endure and the pain that overwhelms those who are its victims for having been found guilty. Some work, others escape through video games, news channels, rap, work or study. Any means is good to make time pass more quickly. As for the Covid-19 pandemic, in this atmosphere of institutionalized confinement, it boils down to wearing a mask.

This film offers an intimate glimpse into the lives of both prisoners and guards, focusing on their relationships. A repetitive daily routine where the price of survival lies in establishing rituals—sometimes monotonous—that are characterized by their reassuring nature, and an existential quest that, for each inmate, involves a shared desire to be alone and a desire to personalize their few square metres of privacy. The camera weaves its way into these lives and observes, without judgement, these prisoners whose reasons for ending up there remain unknown, yet whose fragments of existence we catch glimpses of through the visits they receive and the visiting rooms that connect them to the outside world like a tenuous thread. Take, for example, the smartly dressed, handcuffed visitor who comes to see her lover in a prison van, or the babies born whilst their mothers were in custody. The use of black and white helps to render this immersion timeless, where no protagonist is subjected to the slightest judgement by a director—who is also a photographer—who has given himself the means to realize his ambitions and distances himself from the documentaries already devoted to this world, which has so often fueled the cinema’s fantasies, transforming it into one of its favorite settings, the weight of routine taking the place of the stock characters immortalized by film noir with varying degrees of realism. There is no question here of judging, condemning, pitying or exonerating. Such is not the purpose of this teeming group portrait, which concludes with the warden’s departure and the transfer of the inmates to a new, more modern prison. As if to refute the quote from Mark Twain placed at the beginning of this film: “He who opens a prison must know that it will never be closed again.”

La Peine

Texte de Jean-Philippe Guerand, L’avant scène cinéma, 2025

La prison est un décor qui fait fantasmer le cinéma depuis toujours. Que ce soit sur le registre de la fiction ou du documentaire, on a parfois l’impression d’en avoir fait le tour sous toutes les latitudes et à toutes les époques. La Peine s’attache à deux centres de détention situés à proximité immédiate de Bruxelles, Forest et Saint-Gilles, où les réalisateurs ont pris le temps d’observer la vie quotidienne des détenus, leurs gardiens et le personnel administratif de 2016 à 2022. Un voyage au long cours filmé en noir et blanc qui montre ce qu’on ne devrait pas voir : des conditions d’incarcération qui déshumanisent les prisonniers et où ceux qui tiennent à se retrouver seuls doivent renoncer en contrepartie à disposer d’un robinet et d’eau dans leur cellule Des geôles vétustes, on en a souvent vues à l’écran, notamment dans Des hommes (2019), ce documentaire d’Alice Odiot et Jean-Robert Viallet, où le délabrement de la prison des Baumettes apparaissait dans toute son horreur, comme emblématique d’une situation non seulement grave mais désespérée. La peine va beaucoup plus loin et son titre joue sur une confusion assumée entre la condamnation à endurer et la douleur qui accable ceux qui en sont victimes pour avoir été jugés coupables. Certains travaillent, d’autres s’évadent à travers les jeux vidéo, les chaînes info, le rap, le travail ou l’instruction. Tous les moyens sont bons pour que le temps passe plus vite. Quant à la pandémie de Covid-19, dans cette atmosphère de confinement institutionnalisé, elle se résumera au port du masque.

Ce film nous introduit dans l’intimité des prisonniers comme des gardiens en s’attardant sur leurs relations. Un quotidien répétitif où le prix de la survie passe par l’instauration de rituels parfois répétitifs qui se caractérisent par leur aspect rassurant et une quête existentielle qui passe pour chaque détenu par un souhait partagé d’être seul et un souci de personnaliser ses quelques mètres carrés d’intimité. La caméra s’insinue parmi ces existences et observe sans les juger ces prisonniers dont on ignore les raisons qui les ont menés là, mais dont on entraperçoit des bribes d’existence à travers les visites qu’ils reçoivent et ces parloirs qui les relient au monde extérieur comme un fil ténu. À l’image de cette visiteuse apprêtée et menottée qui rend visite à son amoureux en fourgon cellulaire ou de ces bébés nés pendant la détention de leurs mères. L’usage du noir et blanc contribue à détemporaliser cette immersion où aucun protagoniste n’est soumis au moindre jugement de la part d’un réalisateur également photographe qui s’est donné les moyens de ses ambitions et prend ses distances avec les documentaires déjà consacrés à cet univers qui a si souvent fait fantasmer le cinéma pour le transformer en l’un de ses décors de prédilection, le poids de la routine se substituant aux figures imposées immortalisées par le film noir avec plus ou moins de réalisme. Pas question ici de juger, de condamner, de plaindre ou d’innocenter. Tel n’est pas le propos de ce portrait de groupe foisonnant qui s’achève par le départ du directeur et le transfert des détenus vers un nouvel établissement pénitentiaire plus moderne. Comme pour infirmer la citation de Mark Twain placée en exergue de ce film : “ Celui qui ouvre une prison doit savoir qu’on ne la fermera plus. ”

Other texts

Creating a link

Text by Eve Lepaon, Buxbaumia exhibition, Le Château d'Assas, 2025

See, it’s like this

Text by Christian Caujolle, VU MAG/ Filiations, 2008

Health Workers are Exhausted. A photo studio let them express it.

Text by Nina Strochlic, National Geographic, 2022

Panoptik

Text by Sylvain Besson, 2026

La Peine, la réalité sans fard de l’univers carcéral belge

Texte de Maud Tenda, Les Inrocks, 2025

Sète

Text by Christian Caujolle, Sète#13, 2013

Zoonose

Text by Ulrich Rüter, LFI, 2022

Lithium Fever

Text by Danilo Roössger, L.FI, 2019