The first feature-length documentary by Belgian photographer Cédric Gerbehaye, *La Peine* offers an intimate glimpse into the absurdity of life behind bars. It was because he lived on Avenue de la Jonction in Brussels, surrounded by the prisons of Forest, Saint-Gilles and the women’s prison in Berkendael, that Cédric Gerbehaye decided in 2014, thanks to a historic authorization from the prison service, to visually document the daily lives of the prisoners at Forest. A fixed and immutable space, this brick fortress anchored to the ground – which bears its name rather poorly – is here, paradoxically, filmed during a period of major internal upheaval. Condemned on several occasions by the European Court of Human Rights, Forest Prison experienced a historic work-to-rule strike led by staff in May 2016, prior to its permanent closure in 2022. And it is indeed a prison institution on its last legs, or having lost all meaning, that is captured by the silent eye of CédricGerbehaye, who also puts his talent as a documentary photographer and his mastery of black and white entirely at the service of his film. Accustomed to letting the images speak first, the director therefore never intervenes directly, and confines himself to the role of a mere witness. The reasons for or the length of the sentences of the prisoners we encounter are, for example, never mentioned, lending this behind-closed-doors documentary the air of a Beckettian dystopia, where the line between guards and inmates, cells and staff accommodation, becomes difficult to discern. A prison known for its physical dilapidation, Forest also deals with psychological dilapidation, as one member of staff quite rightly points out: “We have no training in dealing with living beings”. For that is ultimately what it is all about, and Cédric Gerbehaye’s film leaves us with the retrospective feeling that we are simply watching human beings doing what they can, faced with the absurdity of an archaic system in decline.

La Peine, la réalité sans fard de l’univers carcéral belge

Texte de Maud Tenda, Les Inrocks, 2025

Premier long métrage documentaire du photographe belge Cédric Gerbehaye, La Peine est une plongée en huis clos au cœur de l’absurdité de la condition carcérale. C’est parce qu’il a habité avenue de la Jonction, à Bruxelles, entouré par les prisons de Forest, de Saint-Gilles, et de celle des femmes de Berkendael, que Cédric Gerbehaye décide à partir de 2014, et grâce à une autorisation historique de l’administration pénitentiaire, de documenter visuellement le quotidien des prisonniers de Forest. Espace fixe et immuable, cette forteresse de brique scellée au sol – qui porte plutôt mal son nom – est ici paradoxalement filmée dans une période de grands déplacements internes. Plusieurs fois condamnée par la Cour européenne des droits de l’Homme, la prison de Forest connaît en mai 2016, une grève historique d’usure menée par le personnel, avant sa fermeture définitive en 2022. Et c’est effectivement une institution pénitentiaire à bout de souffle, ou à bout de sens, que filme l’œil silencieux de Cédric Gerbehaye qui met par ailleurs entièrement au service de son film son talent de photographe documentaire, et sa maîtrise du noir et blanc. Habitué à faire d’abord parler l’image, le réalisateur n’intervient donc jamais directement, et s’en tient au statut de simple témoin. Les raisons ou la durée de l’incarcération des prisonniers que l’on croise ne sont, par exemple, jamais évoquées, donnant à ce huis clos documentaire des allures de dystopie beckettienne, où la limite entre gardiens et détenus, cellules et logements de fonction, devient difficile à discerner. Prison connue pour sa vétusté matérielle, il est aussi question à Forest de vétusté psychologique, comme le précise très justement l’un des membres du personnel : “On a aucune formation pour gérer du vivant”. Car c’est finalement bien de cela qu’il s’agit, et le film de Cédric Gerbehaye nous donne a posteriori le sentiment de voir simplement des humains faire ce qu’ils peuvent, face à l’absurdité d’un système archaïque en perdition.

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